08 avril 2011

Suivi global, réaction à un article de la Tribune de Genève

Un nouvel article de la Tribune de Genève, visible ici, me fait réagir.

Le sujet en est un nouveau service proposé par la maternité des HUG: le suivi global. Les femmes se voient désormais offrir la possibilité d'être suivies par la même sage-femme, des consultations prénatales au post-partum en passant par l'accouchement.

Jusque là tout va bien, je ne peux qu'applaudir des deux mains. Se sentir en confiance est un paramètre essentiel au bon déroulement d'une naissance et c'est beaucoup plus facile quand on a affaire à une personne plutôt qu'à 15 (un récent calcul a démontré qu'une femme peut voir jusqu'à 14 à 16 personnes entre le début et la fin de son accouchement) (oui oui, c'est vrai).

C'est donc une très bonne nouvelle pour les femmes, ce nouveau petit rempart à l'hyper-médicalisation de la naissance. C'est prouvé, le soutien continu par une seule personne pendant l'accouchement diminue le recours aux actes médicaux. Il est évident qu'une femme se sentira plus en sécurité et en confiance avec une sage-femme qui lui tient la main et lui offre des paroles rassurantes non-stop, qu'abandonnée dans une pièce, sous perfusion, avec pour toute compagnie des machines (plus un mari terrorisé) et une sage-femme qui passe en coup de vent de temps à en temps, courant d'une salle d'accouchement à l'autre, bientôt remplacéepar une autre sage-femme, puis encore une autre si l'accouchement dure longtemps.

Bon. Pour les femmes.... toutes les femmes? Que non! Petite citation de
l'article:

"Pour des raisons évidentes, cette nouvelle prestation s’adresse exclusivement aux futures mamans vivant une grossesse physiologique, annoncée sans risque. Soit un quart des 4000 accouchements annuels à la Maternité des HUG"

Arg. Vite un verre d'eau, je vais m'étouffer. Un quart des futures mamans vivent une grossesse physiologique. Petite extrapolation: 75% des femmes vivent donc une grossesse déclarée "à risque" et donc tombent dans la pathologie. Trois femmes sur quatre!

Diantre, je ne nous savais pas si mal faites! Et comment diable est-il possible que nous soyons plus de 7 milliards d'humains sur cette planète si tant de femmes (dont la majorité n'a pas accès à la sacro-sainte médecine...) sont défectueuses? J'ai encore un petit espoir, celui qu'il s'agisse d'une mauvaise interprétation du journaliste. Mais si alors c'est bel et bien l'hôpital, universitaire en plus, qui a communiqué cette information, c'est grave!

Il faudrait peut-être que les médecins d'ici aillent causer un brin avec les médecins des Pays-Bas, et que ceux-ci leur expliquent leur secret pour avoir 30% d'accouchements extra-hospitaliers et en même temps les meilleures statistiques en mortalité et morbidité périnatale, infantile et maternelle en Europe. Ah mais voilà, c'est peut-être parce que la Suisse ne fait pas
partie de l'Europe... La neutralité serait à l'origine d'un mal mystérieux atteignant le bassin des femmes helvètes, rendant celles-ci incapables d'accoucher sans la précieuse et salvatrice aide des dieux en blouse blanche...

C'était en tout cas l'interrogation d'un médecin néerlandais, interviewé lors d'une émission sur les taux ahurissants de césariennes dans notre pays. Il se demandait quel était le mystère différenciant les femmes hollandaises des suisses qui pourrait expliquer que nous ayons 32% de césariennes. Je partage le désarroi de ce brave homme.

La réponse est simple, en fait. Plus le temps passe, plus les professionnels de la naissance oublient les bases même de la physiologie et les besoins essentiels, fondamentaux de la femme qui accouche, si bien décrits par Michel Odent.

Ce n'est pourtant pas compliqué! Mais ça ne rapporte rien, peut-être que c'est là que le bât blesse?

Non, pas compliqué du tout: les femmes partagent avec toutes les femelles mammifères des réflexes archaïques identiques. Quels sont-ils? S'isoler. Faire en sorte de ne pas être observée. Etre dans un endroit sécurisant. Choisir la pénombre.

Nos maternités font exactement le contraire.

S'isoler. Dur de se sentir isolé dans un bâtiment grouillant de monde, dans une pièce avec un constant va-et-vient de soignants (parfois jusqu'à 15, petit rappel).

Faire en sorte de ne pas être observée. Cf point 1. Entre le monitoring qui crache ses données non-stop, la sage-femme qui vient régulièrement fourrer sa main dans le vagin de la femme pour "voir où ça en est" et le gynéco qui s'impatiente, être sous un microscope géant ne devrait pas être pire.

Etre dans un endroit sécurisant. Là, ça devient paradoxal. Pour la majorité, l'hôpital représente la sécurité. Archaïquement, symboliquement, émotionnellement, c'est une autre histoire. Dans notre inconscient, l'hôpital est aussi un lieu de maladie et de mort, plein de bruits et d'odeurs pas rassurants du tout.

Choisir la pénombre. Si on laisse faire la nature et qu'on ne perturbe pas le processus, la majorité des naissances ont lieu la nuit. Sauf qu'en salle de naissance, la lumière est encore plus crue qu'en plein jour.

Voilà comment on arrive à avoir 32% de césariennes, et je n'ose imaginer le pourcentage de péridurales et leur cortège de joyeusetés y relatives (ventouses, forceps, épisiotomie...).

Voilà aussi comment on pourrait arriver à faire descendre ce chiffre à 10 voire moins. En respectant ces 4 besoins essentiels de la femme qui donne naissance, et c'est tout! Ils sont la garantie d'un accouchement facile, rapide et sécure, même si bien sûr la nature vient parfois rappeler qu'elle peut se montrer cruelle. Le risque zéro n'existe pas, mais on a les moyens de s'en approcher le plus possible.

Alors le suivi global, je trouve ça super, car cela apporte la composante "se sentir en sécurité", et puis aussi, il est plus facile de faire connaître ses désirs à une personne connue et de confiance, qui seront alors plus facilement respectés (par exemple, pouvoir demander à ce que la lumière soit tamisée, refuser les touchers vaginaux, le monitoring en continu...).

Oui, c'est un pas de franchi, mais ça ne suffit pas. Il devient urgent de revenir à une compréhension profonde de la physiologie de l'accouchement. Je crois qu'il ne faut hélas pas compter sur les médecins pour cela (mis à part quelques ovnis qui feraient bien d'ouvrir leur gueule, à l'image de ce pédiatre valaisan qui a mené une étude démontrant que l'accouchement en maison de naissance est au moins aussi sûr, sinon plus, que celui à l'hôpital)

Non, c'est au femmes de se réveiller, de s'informer, et de se révolter, enfin. Les femmes d'aujourd'hui, modernes, indépendantes, ayant enfin acquis les mêmes droits que les hommes, disposant de leur corps comme elles l'entendent, ne se laissent pas moins piétiner dans leur dignité quand elles accouchent... Et l'essence de leur soi féminin profond en prend un sacré coup.

Alors il faut lutter, et gagner ce combat, qui donnera aux femmes une force immense, incomparable et qui n'a rien à voir avec des valeurs féministes basiques. L'enjeu se trouve à un niveau beaucoup plus essentiel.

Réveillez-vous les femmes, cessez d'avoir peur et découvrez les ressources incroyables que vous avez juste là, en vous!

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